Un autre départ

Vendredi 27 octobre

Aujourd’hui la journée a été pleine et mouvementée. Vers 11h j’étais toute seule à l’école. J’étais en train de préparer les enfants à sortir de la classe,  j’entend des cries et de la fenêtre je vois des hommes prendre des bâtons en fer comme arme au milieu de la cour centrale. Des nombreuses personnes étaient en train de les séparer et en même temps le groupe WhatsApp de l’équipe de terrain I AM YOU commence à prévenir :”Big fight on camp, obligation to stay into the classes, keep children et adultes under control”.

L’affrontement a été causé par une simple dispute entre enfants, ayant la malchance d’appartenir à une famille syrienne et une kurde qui les ont rejoint tout de suite. La mère de l’enfant syrien crie en langue arabe :”These fucking kurdish” ( traduction en anglais donnée par un jeune résident qui m’explique les faits quelque minutes plus tard). Le camp est habituellement très calme, mais depuis l’arrivé de sept nouvelles familles dans les derniers jours, une certaine nervosité et agitation est montée. Les nouveaux sont à majorité kurde. Cela peut être une raison d’énervement du côté arabe, tandis que la déception pour les conditions du camp, lieux tant attendu, pourrait justifier la violence de l’autre faction.

Être témoin de ces moments de tension me fait beaucoup du mal, mais en même temps démystifie un peu l’absurdité de faire vouloir croire que ces politiques d’accueil puissent fonctionner. Les personnes qui les pensent et les actuent sont des être humains, je me dis: ils peuvent se tromper. Et souvent ce sont des individus qui sont loins de ces contextes, qui souvent ne connaissent pas vraiment quel type de tension peuvent exister entre deux individus qui dans le pays d’où ils ont fuit ont appris à détester le type d’individu qui maintenant est leur voisin et avec qui ils partagent le “jardin”. Avec une menaçante requête de ne pas créer des désordres. Accepter les condition de vie, attendre silencieusement la reconnaissance de ses propres droits humains … et se retrouver perdu avec les critères culturels qui l’ont fait devenir un homme. Si la guerre civile syrienne a commencé en 2011 pour le control des terres du kurdistan irakien … et les affrontement n’ont jamais cessé en forçant les résidents de Ritsona à fuir… comment penser qu’il peuvent accepter de vivre les un à côté des autres sans tensions ? J’aurais vraiment aimé vivre directement dans le camp pendant ce mois ci . J’aurais pu mieux comprendre le contexte, la réalité des familles, leur quotidien .. partager les repas du soir, entendre les bruits et les sons de la nuit. “C’est interdit” me répond Philip, le coordinateur des bénévoles. “Car c’est dangereux. On a l’obligation de quitter le camp avant 22h le soir”. J’essaie de comprendre un peu mieux cette politique, du moment que l’entrée du camp n’est pas contrôlée.

Emma m’explique que dans la majorité des camps de réfugiés les personnes “extérieures” ne peuvent pas y vivre: encore plus une femme. Elle pense que ce serait bizarre d’occuper des lieux qui pourraient être destinés à héberger des demandeurs d’asile, et aussi que en cas de “fight” l’ONG ne veut pas risquer. Moi j’essaie de lui faire comprendre l’étrange sensation que j’éprouve en y allant et ensuite en repartant pour rentrer dans une grande villa au bord de mer, à coté des commerces, de la ville. Pour moi cela est encore plus un prétexte pour souligner la différence de vie que nous menons. Je comprend que pour les personnes qui y travaillent à long terme ça devrait être difficile, mais cela pourrait être une option à choisir pour les bénévoles court termes comme moi. Je sais, un mois est une période très courte pour réellement comprendre tous les enjeux du contexte. Mais je considère important de pouvoir dire ce qu’on remarque, afin d’être transparente et de gérer ses propres frustrations.  

Lundi 30 octobre

Je vois la gare de Chalkida se confondre avec l’eau de la mer qui l’entoure. J’ai quitté définitivement le camp il y a une heure, entre des mots d’encouragement, des pensées tendres vis à vis de certains résident avec qui j’ai tissé un fort lien. J’ai également imprimé des photos prises avec eux pendant mon séjour et donnée des dessins avec des phrases traduites en arabe, comme souvenir .

Ca me fait bizarre de pouvoir prendre un train et partir, chose qu’ils ne peuvent pas faire. J’ai gardée le contact facebook de certains d’entre eux, mais je me demande si cela sera possible de rencontrer les enfants de la maternelle dans quelque année. Qu’est qu’ils vont devenir.

Je pars avec un soulagement: les deux jeunes ados sont retournés au camps hier soir. Un travailleur social de la Croix Rouge m’a prévenu car il savait à quel point j’étais inquiète. Ils étaient partis à Athènes, ils ont logés dans un espèce de hôtel geré par des kurdes, réparés leur portable et marchés un peu pour la capitale. Ce matin ils avaient l’air heureuse. Je n’arrêtais pas de leur dire que la prochaine fois ils devaient prévenir et récupérer leur document, que ce n’est pas une chose drôle de préoccuper les autres. Ils me regardaient étonnés en souriant de façon complice et tendre.

Je garde ce souvenir dans ma tête, consciente que demain je serai déjà a fond dans la logistique de mon Balkan trip, et que la réélaboration de l’expérience vécue sera lente mais intense. L’avoir partagée ici, avec vous, m’a déjà permis de prendre du recul et d’en donner du sens, car partagée.

Merci donc à tou-te-s de l’attention et de la confiance accordée 🙂

 

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