Un puzzle de béton et de contrastes

Vendredi 23 septembre 2017

Athènes est une ville blanche, bruyante, vivante et remplie de contrastes. L’Acropole et la zone des restes de la ville grecque sont entourées par une petite ceinture de colline verte, et tout près d’elle commence la plaine infinie de béton.Cela marqueune frontière spatiale mais aussi temporelle, car entre les deux parties, il y un saut de 20 siècles!  

L’acropole vue par Monastiraki

Patrie de la démocratie, de la philosophie et de la mythologie dont l’influence est encore réelle aujourd’hui, Athènes s’est développée à l’horizontal après qu’un décret des années 50 ait permis aux privés de détruire leur maison et de faire construire par des compagnies privées des bâtiments locatifs à plusieurs étages. A ce moment-là, le propriétaire de la maison pouvait garder quelques appartements pour y vivre et pour louer et donner les autres à la compagnie qui avait fait les travaux. Et voilà comment Athènes s’est beaucoup transformée, dans ces années pendant lesquels la croissance économique était à 7% (j’utilise malheureusement ces concepts de « croissance », évolution du P.I.B. et P.N. B. car ce sont les seuls que je peux trouver avec une recherche rapide). Aujourd’hui, la Grèce commence à sortir la tête de l’eau, ou au moins les économistes disent que la croissance s’élève à des niveaux positifs à nouveau. Le chômage, par contre, reste à hauteur de 23 %. Et j’ai entendu dire que beaucoup de personnes sont au chômage depuis une longue période, jusqu’à des années. Mon amie grecque qui m’accueille ici cette semaine, témoigne de la souffrance d’être au chômage en Grèce : pendant deux ans, elle a dû retourner chez ses parents car bien sur ici, comme en Italie, il n’y a pas l’Etat social français (pas d’APL, pas de RSA). Tu peux rentrer vite dans une spirale de négativité qui s’étale à tous les niveaux de ta vie car ce statut t’isole. En Italie, mes amis m’ont souvent raconté la même chose.

Le changement de garde en face du parlement de place Syntagma

Les différents quartiers de la ville reflètent la situation difficile que la Grèce a vécu et est encore en train de vivre : des matelas par terres, beaucoup de personnes faisant la manche, et encore des gens de toute sorte qui se piquent cachés derrière les bancs des parcs ou dans les coins des rue. Je n’ai personnellement jamais vu rien de similaire.  Il s’agit d’hommes, femmes, de tout âge et origine. Il y a beaucoup de grecs parmi eux. Dans les rues il y a beaucoup de personnes de toutes origines aussi, afghane, turque, syrienne … Cela dans les quartiers du centre-ville touristique, comme Monastiraki, Syntagma, mais surtout du quartier de Omonia, Victoria, où s’étalent des rues pauvres et mixtes. Le quartier autour de Victoria Square en particulier, est connu pour être le quartier du néo fascisme. C’est très particulier d’y arriver, car en partant par Syntagma Square, en laissant le Parlement dans notre dos, on traverse la zone plus « bourgeoise et hype » de la ville : Gucci, Christian Dior, des cafés cosy, des restaurants et hôtels de luxe. On passe aussi à côté de l’Université et du musée archéologique… par un petit parc qui est le point de rendez-vous des « shootés» et ensuite on est catapultés dans ce quartier multiculturel, avec beaucoup de squats, des bâtiments entièrement occupés par des migrants ou des locaux, comme c’est le cas de l’Hôtel City Plaza.

Un graffiti dans le quartier d’Exarchia

Dans l’université d’architecture,

Toujours à côté de l’Hôtel, on trouve le quartier d’Exarchia : une tanière d’anarchistes, une île heureuse pleine de graffitis, squats, bars et bibliothèques anarchiques, des drapeaux vantant la solidarité, la lutte contre le pouvoir, les banques … des messages dans toutes les langues qui défendent l’amitié des peuples et les luttes contre les injustices. C’est de là-bas que viennent la plupart des photos que j’ai prises ! Et c’est là que j’aime le plus me promener, de jour comme de nuit. On respire un air de liberté, mais surtout de conscience politique, sociale, humaine. Le fait de donner voix aux murs donne l’impression pour qui traverse ses rues que quelqu’un est en train de lui parler, pour partager les souffrances, les luttes, les désirs et les projets. C’est incroyable! La police ne rentre pas dans le quartier, les gens me disent qu’il y a souvent des affrontements, mais moi personnellement je n’en ai jamais vus. Parmi les nombreux bars, à côté de la place principale, vivants à toutes les heures du jour et de la nuit par des groupes d’hommes de toutes origines et styles vestimentaires, il y a un bar autogéré par les bénévoles du City Plaza Hôtel ! 

Et c’est là-bas que je passe mes journées depuis que je suis à Athènes.  

Un squat dans le quartier d’Exarchia

Un autre graffiti dans le quartier d’Exarchia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je vais vous parler plus en détail de cet hôtel, mais pour le moment j’anticipe en mentionnant qu’il s’agit d’un hôtel qui a été fermé il y a 7 ans suite à une faillite et qui a été occupé par des activistes grecs et réfugiés en avril 2016. Aujourd’hui c’est un lieu d’hébergement (illégal) pour 350 réfugiés (dont 180 enfants), venant de 7 pays différents, principalement de Syrie et d’Afghanistan, mais aussi de Pakistan, Erythrée, Irak, Kurdistan Turquie, et une vingtaine de volontaires qui viennent de différents pays d’Europe. Hôtel City Plaza ne se limite pas seulement à des chambres et des lits, mais est véritablement un espace de vie, un projet qui avance avec l’autogestion et une volonté politique d’aide, de solidarité et de dénonciations bien précises. C’est un lieu phare pour la lutte anti fasciste dans le quartier également, et un point de référence pour collecter des informations utiles pour aider les migrants qui errent dans la ville. J’apprends petit à petit tous les jours un peu plus sur l’histoire, l’organisation, la gouvernance, la vie de l’Hôtel .. et je vais en collecter encore dans les prochains jours afin de les partager ici, car il s’agit d’un exemple unique dans le monde, qui peut être source d’idées pour chacun.e entre vous ! Après avoir participé à une réunion d’information vendredi dernier et à une réunion de coordination des volontaires, j’ai déjà donné un coup de main dans la préparation d’un repas pour tous les résidents (un repas pour 300 personnes… je vais revenir avec des idées pour les récups soupes !), je me suis retrouvée en charge du bar pour quelques heures … et demain, je suis à nouveau dans le « kitchen shift » et vendredi dans le « Security shift » !

Il y a des volontaires qui dorment sur place, dans les chambres de l’hôtel, en se faisant complètement absorber par la vie en communauté. Et il y en a qui, comme moi, y vont de temps en temps, mais qui alternent l’action militante à des balades par les parcs et les rues d’Athènes. Je préfère en fait plonger doucement d’un côté dans la réalité grecque : apprendre à reconnaître comment se déplacer dans la ville, à pied ou en transport, est pour moi un aspect essentiel quand je voyage. Mais aussi, prendre le temps de sentir ses odeurs, observer différents styles de réalités sociales, écouter la langue grecque, goûter ses plats et ses boissons … aller au cinéma (même si en japonais avec les sous titres grecques 🙂 , prendre le bateau pour les îles (j’ai passé 2 jours à Paros ! Un paradis bleu et blanc!). Et en parallèle, j’ai choisi de ne pas rester là-bas car je me prépare pour l’expérience de vie communautaire d’un mois auprès du camp de réfugiés de Ritsona, prévu pour dimanche prochain.

Je vous laisse pour aujourd’hui le lien d’une vidéo interessante : ICI 

Giulia

Athènes aujourd’hui de près , et hier de loin

Athènes , un après midi nouageaux

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