Carnet de voyage … le debut!

Mercredi 21 Septembre 2017

En marchant hier dans les rues d’Athènes, je réfléchissais à comment faire en sorte que tout ce que j’avais pu observer, vivre, connaître ce jour même ne reste pas seulement dans ma tête. Depuis mon arrivée en Grèce, il y a une semaine, je vois des choses que je n’avais jamais vues avant, je me fais surprendre par cette énorme ville qui cache des personnes en souffrance à tous les coins de rues, des jeunes, vieux, femmes, hommes, familles … des personnes d’ici, des gens d’ailleurs.

J’ai donc pensé au « Carnet de voyage », que l’on a toujours voulu mettre en place avec l’asso Latitudes… je me souviens avoir demandé à des personnes partant en voyage de nous transmettre des récits, de partager les impressions, réflexions, images … et voici donc ma première tentative…que j’espère pouvoir faire vivre pendant ce mois et demi de volontariat en Grèce. Je serai d’abord dans un hôtel occupé par 400 refugiés et pour un mois dans un camp refugié géré par l’association « I am you ».

J’ai lu un article ce matin écrit par une française qui était en visite à l’hôtel City Plaza (l’Hotel où je donne un coup de main cette semaine) et qui a décidé de quitter son pays après s’être battue contre le démantèlement de la « jungle » de Calais. Elle dit à propos de la condition du monde aujourd’hui : «  on perd ce qu’il y a de puissance dans toute « con-frontation » : le petit préfixe apparemment insignifiant du « cum » : l’avec ? Faire avec l’autre, se faire avec les autres : cela semble être devenu l’impossible d’un espace de plus en plus frontiérisé au sein duquel toute possibilité de composition hétérogène – composition qui, pourtant, est caractéristique de tout « peuple » – est sans arrêt « démantelée »

Un graffiti dans le quartier d’Exarchia

J’ai donc envie de faciliter la transmission d’informations pour que la construction d’un « monde plus juste, solidaire et unie» soit plus facile et moins utopique. Car il est nécessaire d’aller au-delà des informations vides que nous

transmettent les médias, et de contribuer aux efforts que la société civile fait quotidiennement pour apporter des solutions aux injustices de cette planète. Et l’injustice dont nous parlons ici est celle des mouvements migratoires et des conditions inhumaines que des nombreuses personnes sont obligées de supporter juste parce que nées dans un coin de la terre loin d’ici.  Ça m’arrive de plus en plus de me sentir « sale » dans ce corps de blanche européenne.

Drapeau dans la place principale d’Exarchia, preuve que cette espace de la ville est un oasis de solidarité et de lutte sociale

D’avoir la sensation de contribuer malgré tout à la tyrannie des plus riches sur les plus pauvres, des plus chanceux sur les plus démunis. Et même si je suis consciente qu’il s’agit d’une condition qui se répète depuis toujours, et même que des gros progrès ont été fait par rapport au passé, etc… cela ne suffit pas pour étouffer mon envie de crier fort, afin de faire sortir ma peur, mon dégoût, afin de secouer toute personne qui se plaint dans sa vie tranquille parce que le café servi au restaurant était trop froid ou que les embouteillages sont trop denses. Ok ok, je vais essayer de partager mes pensées toujours dans un esprit de « non jugement », en sachant que les personnes qui ne s’intéressent pas à ce qui se passe dans le monde n’ont très probablement pas les moyens de le faire ou les clés de compréhension de la gravité de certaines situations. Ou encore, je suis pleinement consciente qu’il y a différents niveaux d’action pour le changement et que chacun.e d’entre nous cherche et choisit celui qui lui convient le mieux: la sensibilisation, l’urgence, la recherche, le service à la personne … Le travail à Latitudes m’a beaucoup aidé à me permettre de canaliser mes énergies et mes efforts, qui maintenant rejaillissent dans tous les sens ! 

dav

Les livres qui m’accompagnent pendant ce voyage sont : « Pourquoi les hommes font la guerre » de Bertrand Russel, et Mes voyages avec Hérodote de Ryszard Kapuściński. Dans ce dernier, l’auteur raconte dans quelle façon Hérodote, le premier reporter de tous les temps, voulait toujours préciser que ce qu’il pouvait raconter de ses voyages était toujours le fruit de son regard, et que jamais il ne voulait être source de vérité absolue. Voilà, comme seront mes récits aussi.  Le fait par contre d’écrire en français me bloque un peu… car j’ai déjà un peu oublié la langue, mais aussi car je suis un peu en colère contre ce pays, qui réagit à cette urgence internationale avec la fermeture des frontières (fermeture physique que j’ai pu observer avec mes yeux à Ventimille il y a un mois : les voitures sont contrôlées une par une par les CRS, le coffre ouvert et les questions posées !!! ) Mais je reste consciente que la France peut encore se sauver de toute dégradation politique , sociale et en matière de droit qui peut vivre en ce moment.  Et puis c’est avec Latitudes que j’ai pu cultiver mon élan de solidarité et où j’ai acquis la confiance et les outils pour le traduire en choses concrètes, comme cette expérience que j’ai choisi de vivre.

Je vais donc commencer par vous envoyer des photos d’Athènes, ville qui souffre et qui lutte. Là, je dois courir au « Solidarian meeting » à City Plaza, que je vous présenterai dans les prochains jours !

Une forte pensée Avignon et à vous tout-te-s !

Giulia

La place principale du quartier Exarchia , lieux de manifestations, de rencontres intergénérationnels et interculturels

Posters et images dans les toilettes d’un bar du quartier anarchique d’Exarchia

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