L’organisation interne d’un projet multi culturel et autogéré  

Mardi 26 septembre 2017

Le vent s’est levé à Athènes, et la température commence à diminuer toujours en restant dans les moyennes estivales. Le souvenir de l’écharpe et des chaussures fermées sorties en Italie il y a une semaine, est loin! L’Hôtel City Plaza se trouve à seulement 10 minutes de métro de la maison où je suis accueillie, super!

Après une matinée passée à me renseigner un peu plus sur le projet et sur la réalité des autres squats à Athènes, je change de contexte et je rejoins le “Solidarian meeting” dans la cour extérieure de l’Hôtel. 25 jeunes de différents pays font la même chose:  Allemagne, Espagne, France, Angleterre, Canada, Italie, Suède, Portugal, Grèce, Roumanie. Il s’agit de la réunion hebdomadaire des bénévoles, ceux qui vivent dans l’Hôtel ou les nouveaux. Elle dure une heure et demie et est assez structurée, ce qui n’est pas facile avec un niveau de connaissances et d’implication des personnes présentes si différent. Il y a un facilitateur qui annonce l’ordre du jour et donne la parole aux référents de chaque thématique: sécurité, cuisine, espace des enfants et stockage. Chacun prend le temps de partager les nouvelles de la semaine et de donner les informations les plus importantes pour l’organisation. L’anglais est la langue de communication et c’est d’ailleurs également la langue principale enseignée aux réfugiés en Grèce (cela me questionne en ce qui concerne le jeu politique qui peut être derrière, mais je reprendrai cette question plus tard!).Ils nous informent aussi des outils de partage à disposition des bénévoles: les fichiers dans le Google drive (comme par exemple le règlement sur comment se comporter avec les enfants) et les documents imprimés et affichés un peu partout dans le bâtiment.

L’entrée du bâtiment

L’organisation des bénévoles et des résidents se fait à l’aide de “time shift” (créneaux horaires): le “kitchen shift” que j’ai décrit dans le chapitre précédent; le “bar shift”, un espace que seuls les adultes peuvent partager au premier étage, où ils peuvent siroter un café ou un cappuccino freddo en jouant aux échecs, en jouant de la musique ou en papotant; le “cleaning shift“ sur chaque étage et dans les espaces communs, la “reception shift” réservée aux bénévoles plus anciens qui peuvent assurer les informations fondamentales à donner; le “balcony shift” pour contrôler le mouvement de la rue et l’éventuelle arrivée de la police, et le “security shift”. Cette dernière mission a des horaires en continu. Il y a 24h sur 24 des bénévoles à l’entrée pour surveiller l’arrivée de nouvelles personnes, qui peuvent être des curieux, comme des fascistes, migrants qui cherchent des informations ou encore un logement. Apparemment, il faut être très vigilant quand on est à la sécurité, car ce n’est pas simple de se retrouver à communiquer à une famille qui souvent n’a pas d’endroit où vivre, que le lieu est plein et qu’on ne peut pas les aider pour l’instant…. On discute pendant la rencontre de la possibilité d’imprimer des explications dans les différentes langues à donner aux passants, mais la proposition est refusée car cela est retenu par la plupart comme une méthode froide et impersonnelle, contraire à l’esprit du City Plaza. Le fait de pouvoir écrire son propre nom dans les tableaux des créneaux est un instrument simple et encourageant pour les nouveaux bénévoles: les tâches sont concrètes, précises et représentent toutes des bonnes possibilités pour mieux connaître les résidents, les autres bénévoles et le fonctionnement du projet. Je peux en témoigner car hier je me suis retrouvée à remplir dans l’urgence le vide du “bar shift”.

Une fois le  “kitchen shift” est terminée, l’équipe des bénévoles mange son repas!

J’étais dans le bar et je lisais un livre quand je me suis aperçue de l’absence de bénévole derrière le comptoir à cause du chaos causé par les enfants qui normalement n’ont pas le droit d’y entrer. Je me suis notée présente à la réception et ils m’ont donné les clés de la caisse: “si tu as envie, ce serait super”! Et c’est ainsi que j’ai passé trois heures, en compagnie d’Infan, qui m’a assisté et montré aussi toutes les photos prises avec son appareil photo depuis son arrivée au City Plaza, il y a un an. Jeune pakistanais encore en attente du statut de réfugié en Grèce, il est motivé par le projet mais fatigué d’attendre sans avoir le droit de travailler. Pour lui, avoir un travail signifie avoir la possibilité d’être autonome et libre … il préfère donc essayer de rejoindre un autre état européen de manière illégale.

Pas simple de lui démontrer le contraire, jusqu’au moment que l’argent domine autant la société actuelle… Au bar, j’ai pu vivre une belle expérience de “empowerment” improvisé, qui m’a permis de me sentir rapidement membre de l’équipe.

Vendredi 29 octobre

Si officiellement  l’Hôtel City Plaza est autogéré, en grand partie par des groupes anarchistes, cela ne l’empêche pas d’avoir de nombreuses règles qui facilitent la vie commune et l’implication de nouvelles forces. Par exemple, il existe une politique assez claire sur l’expulsion en cas de violence. Il y a eu l’exemple d’un mari accusé de violence conjugale qui a dû quitter l’Hôtel seul. Ensuite, il est revenu chercher sa femme, mais avec beaucoup de méfiance de la part des autres résidents et bénévoles. Dans un projet de vie communautaire, y a-t-il le droit d’interférer dans les relations privées des résidents? Où est la limite? Comment la thématique du genre peut-elle être traitée dans des contextes interculturels comme celui-ci? Le travail du “Women space” dans l’Hôtel est il suffisant ou devrait-il être accompagné par un travail avec les hommes en parallèle aussi?

Autant d’exemples des diverses questions qui me traversent l’esprit et qui sont très présentes dans les réflexions des gens qui traversent les couloirs de l’Hôtel. Certaines d’entre elles ont été au centre des échanges pendant l’Assemblée générale qui a eu lieu hier dans la salle à manger. 

La préparation des tables pendant l’Assemble générale

Il s’agit d’une réunion qui a lieu toutes les deux semaines et à laquelle tous les résidents et bénévoles sont invités à participer. Répartis par table et par langue (farsi, arabe et anglais) avec un porte-parole et interprète, une cinquantaine de résidents ont échangé sur des sujets de la vie commune, en essayant d’identifier les problèmes et de trouver une solution de manière collective (un super exemple d’éduc pop!). L’objectif principal est de faire “comprendre” à tous l’importance de la responsabilité partagée, concernant le nettoyage, les repas, la vie en général : “It’s not because it’s called Hotel City Plaza that it is really an hôtel” précise Giovanni, bénévole italien. Dans le fil du débat, un problème est présenté à l’assemblée par des femmes afghanes: pourquoi la queue pour la nourriture a maintenant une seule file mixte et non plus hommes et femmes séparés? Cela me surprend car j’avais eu une conversation avec une des bénévoles du “Women space” qui m’expliquait l’absurdité pour elle de l’habitude de ces deux files. Mais, en laissant les femmes s’exprimer, on découvre que pour elles, c’est une façon de se sentir plus à l’aise, et elles demandent donc de le rétablir. 

Cet après midi, j’ai fait le “security shift” tout l’après midi, soit de 12h à 18h avec un militant grec de 60 ans hébergé dans l’Hôtel et impliqué dans le projet depuis le début: une autre expérience très intéressante et riche d’observations et échanges. Je dis au revoir à l’Hôtel pour partir en direction de Chalkida demain, à une heure de train d’ici. Je sens que je serai bientôt de retour au City Plaza, les prochains week-ends ou avant de repartir!

Photos de moments collectifs affiches dans la cuisine

Hotel City Plaza –  Un projet d’urgence politique et sociale

Mardi 26 septembre 2017

« Here we want to give the opportunity to people to find things by themselves. They can find together a solution. We want to be an example to everyone that it is possible”. Nassim

La facade de l’Hotel City Plaza

Pour mieux comprendre la genèse de l’occupation, le projet, ses valeurs, ses difficultés et ses objectifs, Nassim m’a invité à participer à une des réunions d’information dans la cour de l’hôtel qui ont lieu tous les jours à 17h. Cela permet aux nouveaux bénévoles de poser toutes les questions qu’ils souhaitent, mais surtout de regrouper dans un seul moment toutes les informations à donner aux personnes curieuses qui passent par l’hôtel souvent juste pour un selfie, ou une petit coucou.

Au premier étage de l’Hotel City Plaza (les ascensor ne marchent pas et les résidents du 7ème étage ont une longue marche a faire! )

Les couloirs de l’Hôtel City Plaza

Nassim est le réfèrent des bénévoles internationaux et la personne avec qui Anastasia m’avait mis en contact en me parlant du City Plaza et en m’encourageant à aller y passer quelques jours. Il est afghan, il est venu en Grèce en tant que réfugié il y a 20 ans et depuis il est devenu militant, en particulier dans un squat de Exarchia (le quartier anarchiste de la capitale grecque) et il participer au projet de l’occupation depuis le début. On peut lire sur son visage un peu de fatigue, mais quand il parle il a envie de transmettre de la confiance de l’action de l’équipe, et il souligne plusieurs fois : «  Notre projet veut être un exemple de ce que la société civile peut faire avec les bâtiments inutilisés. Mais nous ne voulons absolument pas prendre la place de l’état, qui doit prendre ses responsabilités et mettre en place des solutions concrètes ». L’idée de l’occupation est née pendant les années des révoltes 2013/2014 : des assemblées publiques « des voisins » avaient lieu afin d’échanger sur les problématiques concrètes et quotidiennes de l’espace que plusieures personnes partageaient. Le manque de structure d’accueil était une urgence, pour tout le monde en état de difficulté. Des aides s’organisent: don d’objets, cours de langue, aide scolaire, etc… L’hôtel City Plaza était fermé depuis 7 ans. Propriété d’une riche femme grecque, il a été pris en main par l’Etat grec et fermé suite à une faillite économique. Depuis pas de mouvements. En avril 2016, les forces s’unissent et les chambres des 7 étages de l’Hôtel sont occupées! La sélection des personnes qui peuvent bénéficier d’un lit au Plaza n’est pas simple à faire. Aujourd’hui, les critères principales sont: le respect de la mixité de nationalités, de genre, de personnes qui sont dans le besoin et d’autres qui peuvent mettre à disposition leur compétences (docteurs, enseignants, cuisiniers, etc…). Il y a 12 autres bâtiments occupés dans tout Athènes par des réfugiés, mais City Plaza est le plus médiatisé et organisé car il travaille son image afin d’amener une lutte politique importante auprès des médias, politiques et la communauté internationale. Nassim nous dit qu’il y a 11 millions de bâtiments inhabités dans toute l’Europe. La plupart se trouve dans les mêmes conditions que le City Plaza: dans les mains de l’Etat suite à une faillite d’un privé. Les négociations prennent beaucoup de temps avant qu’une décision soit prise et avant que ces bâtiments puissent être à nouveau utilisés et habités. Les militants du City Plaza sont aujourd’hui déterminés à amener une campagne pour résoudre ce type de problématique, afin de trouver des solutions pour donner un toit à tout le monde ! Pour dénoncer et trouver une solution à un des nombreux paradoxes de la société actuelle.

Les ados dans le bar de l’Hôtel City Plaza

City Plaza ne reçoit pas de financements publics, mais survit grâce aux dons en argent et des convois de matériel qui partent de partout en Europe avec des vêtements, nourritures, objets … que chaque jour un volontaire doit ranger dans les dépôts, numéroter, etc… Ils disent qu’il y a plus de choses que nécessaire, mais cela montre l’appui solidaire, et ça fait chaud au cœur. Il faut par contre, par fois, bien expliquer aux résidents que ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup de vêtements, qu’on peut jeter ce qu’on utilise à la place de les nettoyer, précise une des volontaires plus active, Maria, d’Espagne.

Les résidents partagent tout en commençant par les repas. La grande cuisine de l’Hôtel permet à l’équipe déterminée par les différents créneaux (toujours mixte entre résidents réfugiés, résidents volontaires et autres personnes externes) de préparer des plats de toutes origines et styles. Entre 14 et 15h et entre 20h30 et 21h30 chacun.e se présente aux portes de la cuisine avec la feuille jaune marquant le numéro de la chambre et le nombre de personnes qui ont besoin d’un repas. Sans celui-ci, les bénévoles n’ont pas le droit de donner le plat, car c’est important de respecter le cadre mis en place, et éviter les abus ou le gaspillage (ça a été assez difficile de me soumettre à cette règle quand j’ai été en charge seule de la distribution!!). Les produits de nettoyage pour les espaces communs, privés et pour le corps sont également partagés et mises à dispositions pour tout le monde. Cela a un coût estimé de 1 euro par jour, qui est nettement inférieur à celui estimé par les ONG dans les camps de réfugiés en Grèce qui est de 5,30 euros (information reçue par Nassim). Le fait de le préciser veut être un clin d’oeil de prévention contre la corruption ou le surplus que les aides humanitaires peuvent générer.

Dans la cuisine l’équipe des bénévoles prépare le repas pour 400 personnes!

L’Hôtel n’a pas d’opposants: il est bien toléré par la municipalité, qui l’interprète comme une solution économique et confortable à la présence de Homeless dans les rues de la capitale. Depuis peu, la propriétaire exerce une légère pression pour se réapproprier le bâtiment, mais pour l’instant elle n’a pas encore la légitimité de réappropriation de n’importe quelle activité à l’intérieur. Les voisins ne mettent pas de bâtons dans les rues, bien que la présence de fascistes dans le quartier puisse mettre un peu la pression aux résidents, de temps en temps. Bien sûr, il y a beaucoup de règles de vie qui doivent être posées, comme dans chaque communauté ou groupe social. Cela a été construit avec le temps, et de façon la plus collective possible.

Un résident afghan, moi et un autre bénévole portugais à l’accueil de la cuisine, prêts pour donner les repas !

Comme déjà mentionné, l’Hôtel City Plaza n’est pas donc seulement un lieu d’hébergement mais surtout un lieu politique de dénonciations, de rencontres, d’informations. Ici, on donne la possibilité à tou-te-s d’être un « habitant » c’est-à-dire d’aménager son espace – l’une des chambres de l’hôtel – en fonction de ses propres besoins et de ses propres usages et on favorise la possibilité, pour chacun-e, de se comporter comme un habitant de l’espace partagé. Chaque résident (ou un référent par famille) s’engage au moment de son entrée à dédier au moins 7 heures de son temps par semaine aux tâches de vie courante de l’Hôtel. Si cela n’est pas respecté, ou trop souvent oublié il-elle peut être expulsé, comme aussi dans le cas de violence et de discrimination.

Je peux admettre que ce projet fonctionne avec une force unique et incroyable, avec ses forces et ses limites. Et je ne le dis pas seulement par ce que j’ai pu entendre et voir, mais car j’ai pu le tester et l’incarner: je me sens chez moi quand je rentre et que je fais les escalier, quand j’arrive à dire bonjour à la plupart des personnes que je ne connais pas mais que j’ai peut être déjà croisé et qui sont habitués à de nouveaux visages, solidaires et avec leur cause et pas seulement là pour aider mais pour co-construire ensemble une solution. Je peux me porter bénévole quand je le souhaite et pour faire ce dont j’ai envie. Les gens me font confiance et je ne ressens absolument pas de hiérarchie. Les bénévoles sont nombreux et très différents, ils se font confiance les un.s les autres, on communique par un groupe whatsapp sur chaque urgence ou changement de plans et peu importe qui tu es, pourquoi tu es la, pour combien de temps: si tu y es, tu fais partie de l’equipe! Et si on veut se connaître un peu plus, il y a même la possibilité de se voir en dehors des murs du City Plaza et boire des coups dans la rue Tsamadou, en Exarchia, autogéré par les volontaires de l’hôtel, celui-là aussi!!

Encore une fois donc, comme Latitudes le défend,  si l’on donne la possibilité à chacun-e d’être acteur de son propre destin et que l’on y réfléchit ensemble, tout prend plus de sens et on va plus loin!

A l’intérieur du bar autogéré par les bénévoles du City Plaza

Un puzzle de béton et de contrastes

Vendredi 23 septembre 2017

Athènes est une ville blanche, bruyante, vivante et remplie de contrastes. L’Acropole et la zone des restes de la ville grecque sont entourées par une petite ceinture de colline verte, et tout près d’elle commence la plaine infinie de béton.Cela marqueune frontière spatiale mais aussi temporelle, car entre les deux parties, il y un saut de 20 siècles!  

L’acropole vue par Monastiraki

Patrie de la démocratie, de la philosophie et de la mythologie dont l’influence est encore réelle aujourd’hui, Athènes s’est développée à l’horizontal après qu’un décret des années 50 ait permis aux privés de détruire leur maison et de faire construire par des compagnies privées des bâtiments locatifs à plusieurs étages. A ce moment-là, le propriétaire de la maison pouvait garder quelques appartements pour y vivre et pour louer et donner les autres à la compagnie qui avait fait les travaux. Et voilà comment Athènes s’est beaucoup transformée, dans ces années pendant lesquels la croissance économique était à 7% (j’utilise malheureusement ces concepts de « croissance », évolution du P.I.B. et P.N. B. car ce sont les seuls que je peux trouver avec une recherche rapide). Aujourd’hui, la Grèce commence à sortir la tête de l’eau, ou au moins les économistes disent que la croissance s’élève à des niveaux positifs à nouveau. Le chômage, par contre, reste à hauteur de 23 %. Et j’ai entendu dire que beaucoup de personnes sont au chômage depuis une longue période, jusqu’à des années. Mon amie grecque qui m’accueille ici cette semaine, témoigne de la souffrance d’être au chômage en Grèce : pendant deux ans, elle a dû retourner chez ses parents car bien sur ici, comme en Italie, il n’y a pas l’Etat social français (pas d’APL, pas de RSA). Tu peux rentrer vite dans une spirale de négativité qui s’étale à tous les niveaux de ta vie car ce statut t’isole. En Italie, mes amis m’ont souvent raconté la même chose.

Le changement de garde en face du parlement de place Syntagma

Les différents quartiers de la ville reflètent la situation difficile que la Grèce a vécu et est encore en train de vivre : des matelas par terres, beaucoup de personnes faisant la manche, et encore des gens de toute sorte qui se piquent cachés derrière les bancs des parcs ou dans les coins des rue. Je n’ai personnellement jamais vu rien de similaire.  Il s’agit d’hommes, femmes, de tout âge et origine. Il y a beaucoup de grecs parmi eux. Dans les rues il y a beaucoup de personnes de toutes origines aussi, afghane, turque, syrienne … Cela dans les quartiers du centre-ville touristique, comme Monastiraki, Syntagma, mais surtout du quartier de Omonia, Victoria, où s’étalent des rues pauvres et mixtes. Le quartier autour de Victoria Square en particulier, est connu pour être le quartier du néo fascisme. C’est très particulier d’y arriver, car en partant par Syntagma Square, en laissant le Parlement dans notre dos, on traverse la zone plus « bourgeoise et hype » de la ville : Gucci, Christian Dior, des cafés cosy, des restaurants et hôtels de luxe. On passe aussi à côté de l’Université et du musée archéologique… par un petit parc qui est le point de rendez-vous des « shootés» et ensuite on est catapultés dans ce quartier multiculturel, avec beaucoup de squats, des bâtiments entièrement occupés par des migrants ou des locaux, comme c’est le cas de l’Hôtel City Plaza.

Un graffiti dans le quartier d’Exarchia

Dans l’université d’architecture,

Toujours à côté de l’Hôtel, on trouve le quartier d’Exarchia : une tanière d’anarchistes, une île heureuse pleine de graffitis, squats, bars et bibliothèques anarchiques, des drapeaux vantant la solidarité, la lutte contre le pouvoir, les banques … des messages dans toutes les langues qui défendent l’amitié des peuples et les luttes contre les injustices. C’est de là-bas que viennent la plupart des photos que j’ai prises ! Et c’est là que j’aime le plus me promener, de jour comme de nuit. On respire un air de liberté, mais surtout de conscience politique, sociale, humaine. Le fait de donner voix aux murs donne l’impression pour qui traverse ses rues que quelqu’un est en train de lui parler, pour partager les souffrances, les luttes, les désirs et les projets. C’est incroyable! La police ne rentre pas dans le quartier, les gens me disent qu’il y a souvent des affrontements, mais moi personnellement je n’en ai jamais vus. Parmi les nombreux bars, à côté de la place principale, vivants à toutes les heures du jour et de la nuit par des groupes d’hommes de toutes origines et styles vestimentaires, il y a un bar autogéré par les bénévoles du City Plaza Hôtel ! 

Et c’est là-bas que je passe mes journées depuis que je suis à Athènes.  

Un squat dans le quartier d’Exarchia

Un autre graffiti dans le quartier d’Exarchia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je vais vous parler plus en détail de cet hôtel, mais pour le moment j’anticipe en mentionnant qu’il s’agit d’un hôtel qui a été fermé il y a 7 ans suite à une faillite et qui a été occupé par des activistes grecs et réfugiés en avril 2016. Aujourd’hui c’est un lieu d’hébergement (illégal) pour 350 réfugiés (dont 180 enfants), venant de 7 pays différents, principalement de Syrie et d’Afghanistan, mais aussi de Pakistan, Erythrée, Irak, Kurdistan Turquie, et une vingtaine de volontaires qui viennent de différents pays d’Europe. Hôtel City Plaza ne se limite pas seulement à des chambres et des lits, mais est véritablement un espace de vie, un projet qui avance avec l’autogestion et une volonté politique d’aide, de solidarité et de dénonciations bien précises. C’est un lieu phare pour la lutte anti fasciste dans le quartier également, et un point de référence pour collecter des informations utiles pour aider les migrants qui errent dans la ville. J’apprends petit à petit tous les jours un peu plus sur l’histoire, l’organisation, la gouvernance, la vie de l’Hôtel .. et je vais en collecter encore dans les prochains jours afin de les partager ici, car il s’agit d’un exemple unique dans le monde, qui peut être source d’idées pour chacun.e entre vous ! Après avoir participé à une réunion d’information vendredi dernier et à une réunion de coordination des volontaires, j’ai déjà donné un coup de main dans la préparation d’un repas pour tous les résidents (un repas pour 300 personnes… je vais revenir avec des idées pour les récups soupes !), je me suis retrouvée en charge du bar pour quelques heures … et demain, je suis à nouveau dans le « kitchen shift » et vendredi dans le « Security shift » !

Il y a des volontaires qui dorment sur place, dans les chambres de l’hôtel, en se faisant complètement absorber par la vie en communauté. Et il y en a qui, comme moi, y vont de temps en temps, mais qui alternent l’action militante à des balades par les parcs et les rues d’Athènes. Je préfère en fait plonger doucement d’un côté dans la réalité grecque : apprendre à reconnaître comment se déplacer dans la ville, à pied ou en transport, est pour moi un aspect essentiel quand je voyage. Mais aussi, prendre le temps de sentir ses odeurs, observer différents styles de réalités sociales, écouter la langue grecque, goûter ses plats et ses boissons … aller au cinéma (même si en japonais avec les sous titres grecques 🙂 , prendre le bateau pour les îles (j’ai passé 2 jours à Paros ! Un paradis bleu et blanc!). Et en parallèle, j’ai choisi de ne pas rester là-bas car je me prépare pour l’expérience de vie communautaire d’un mois auprès du camp de réfugiés de Ritsona, prévu pour dimanche prochain.

Je vous laisse pour aujourd’hui le lien d’une vidéo interessante : ICI 

Giulia

Athènes aujourd’hui de près , et hier de loin

Athènes , un après midi nouageaux

Carnet de voyage … le debut!

Mercredi 21 Septembre 2017

En marchant hier dans les rues d’Athènes, je réfléchissais à comment faire en sorte que tout ce que j’avais pu observer, vivre, connaître ce jour même ne reste pas seulement dans ma tête. Depuis mon arrivée en Grèce, il y a une semaine, je vois des choses que je n’avais jamais vues avant, je me fais surprendre par cette énorme ville qui cache des personnes en souffrance à tous les coins de rues, des jeunes, vieux, femmes, hommes, familles … des personnes d’ici, des gens d’ailleurs.

J’ai donc pensé au « Carnet de voyage », que l’on a toujours voulu mettre en place avec l’asso Latitudes… je me souviens avoir demandé à des personnes partant en voyage de nous transmettre des récits, de partager les impressions, réflexions, images … et voici donc ma première tentative…que j’espère pouvoir faire vivre pendant ce mois et demi de volontariat en Grèce. Je serai d’abord dans un hôtel occupé par 400 refugiés et pour un mois dans un camp refugié géré par l’association « I am you ».

J’ai lu un article ce matin écrit par une française qui était en visite à l’hôtel City Plaza (l’Hotel où je donne un coup de main cette semaine) et qui a décidé de quitter son pays après s’être battue contre le démantèlement de la « jungle » de Calais. Elle dit à propos de la condition du monde aujourd’hui : «  on perd ce qu’il y a de puissance dans toute « con-frontation » : le petit préfixe apparemment insignifiant du « cum » : l’avec ? Faire avec l’autre, se faire avec les autres : cela semble être devenu l’impossible d’un espace de plus en plus frontiérisé au sein duquel toute possibilité de composition hétérogène – composition qui, pourtant, est caractéristique de tout « peuple » – est sans arrêt « démantelée »

Un graffiti dans le quartier d’Exarchia

J’ai donc envie de faciliter la transmission d’informations pour que la construction d’un « monde plus juste, solidaire et unie» soit plus facile et moins utopique. Car il est nécessaire d’aller au-delà des informations vides que nous

transmettent les médias, et de contribuer aux efforts que la société civile fait quotidiennement pour apporter des solutions aux injustices de cette planète. Et l’injustice dont nous parlons ici est celle des mouvements migratoires et des conditions inhumaines que des nombreuses personnes sont obligées de supporter juste parce que nées dans un coin de la terre loin d’ici.  Ça m’arrive de plus en plus de me sentir « sale » dans ce corps de blanche européenne.

Drapeau dans la place principale d’Exarchia, preuve que cette espace de la ville est un oasis de solidarité et de lutte sociale

D’avoir la sensation de contribuer malgré tout à la tyrannie des plus riches sur les plus pauvres, des plus chanceux sur les plus démunis. Et même si je suis consciente qu’il s’agit d’une condition qui se répète depuis toujours, et même que des gros progrès ont été fait par rapport au passé, etc… cela ne suffit pas pour étouffer mon envie de crier fort, afin de faire sortir ma peur, mon dégoût, afin de secouer toute personne qui se plaint dans sa vie tranquille parce que le café servi au restaurant était trop froid ou que les embouteillages sont trop denses. Ok ok, je vais essayer de partager mes pensées toujours dans un esprit de « non jugement », en sachant que les personnes qui ne s’intéressent pas à ce qui se passe dans le monde n’ont très probablement pas les moyens de le faire ou les clés de compréhension de la gravité de certaines situations. Ou encore, je suis pleinement consciente qu’il y a différents niveaux d’action pour le changement et que chacun.e d’entre nous cherche et choisit celui qui lui convient le mieux: la sensibilisation, l’urgence, la recherche, le service à la personne … Le travail à Latitudes m’a beaucoup aidé à me permettre de canaliser mes énergies et mes efforts, qui maintenant rejaillissent dans tous les sens ! 

dav

Les livres qui m’accompagnent pendant ce voyage sont : « Pourquoi les hommes font la guerre » de Bertrand Russel, et Mes voyages avec Hérodote de Ryszard Kapuściński. Dans ce dernier, l’auteur raconte dans quelle façon Hérodote, le premier reporter de tous les temps, voulait toujours préciser que ce qu’il pouvait raconter de ses voyages était toujours le fruit de son regard, et que jamais il ne voulait être source de vérité absolue. Voilà, comme seront mes récits aussi.  Le fait par contre d’écrire en français me bloque un peu… car j’ai déjà un peu oublié la langue, mais aussi car je suis un peu en colère contre ce pays, qui réagit à cette urgence internationale avec la fermeture des frontières (fermeture physique que j’ai pu observer avec mes yeux à Ventimille il y a un mois : les voitures sont contrôlées une par une par les CRS, le coffre ouvert et les questions posées !!! ) Mais je reste consciente que la France peut encore se sauver de toute dégradation politique , sociale et en matière de droit qui peut vivre en ce moment.  Et puis c’est avec Latitudes que j’ai pu cultiver mon élan de solidarité et où j’ai acquis la confiance et les outils pour le traduire en choses concrètes, comme cette expérience que j’ai choisi de vivre.

Je vais donc commencer par vous envoyer des photos d’Athènes, ville qui souffre et qui lutte. Là, je dois courir au « Solidarian meeting » à City Plaza, que je vous présenterai dans les prochains jours !

Une forte pensée Avignon et à vous tout-te-s !

Giulia

La place principale du quartier Exarchia , lieux de manifestations, de rencontres intergénérationnels et interculturels

Posters et images dans les toilettes d’un bar du quartier anarchique d’Exarchia

Qui suis je?

Après 4 ans à Latitudes à sensibiliser divers types de public aux enjeux de la citoyenneté et de la solidarité, j’ai ressenti le besoin de me remettre en route pour découvrir de nouveaux horizons et surtout pour toucher du doigt les situations d’urgence que les actes de chacun.e peuvent provoquer. Anthropologue de formation et voyageuse de passion, je m’intéresse particulièrement aux autres cultures et à tout ce qui peut être considéré comme “différent”. Mon plus grand rêve serait que le monde entier puisse être fasciné par cela, en combattant le provincialisme géographique et du temps (concept théorisé par T.S.Elliot): avec un planisphère ou une rencontre, une page d’un livre d’histoire ou d’un carnet de voyage. Donner le moyen pour impliquer l’autre peut contribuer à combattre l’indifférence.

Pour introduire ces premiers “carnets de voyage”, voici un paragraphe du livre qui m’accompagne et qui reflète bien le but de mes récits:
“Cela dépend de la volonté des dieux ou l’homme est trop mauvais et irrationnel pour donner une empreinte sage à son destin? Erodoto allait en personne vérifier la façon de vivre des individus. Il avait pour idée de raconter l’historique des petites et grandes villes et leur évolution où celles qui étaient précédemment petites sont devenues de grandes villes et celles qui étaient autrefois grandes sont devenues de petites villes.…. bien conscient donc que la chance ne reste jamais immobile dans le même lieu.  Et comment faisait-il pour savoir? En observant, en recueillant des données de ce que les gens faisaient, disaient …  son premier pas était toujours le voyage. […] Plus je lisais Erodoto, plus je découvrais en lui une âme soeur. Qu’est-ce qui l’avait poussé à partir, à explorer la diversité des choses? Très probablement la curiosité du monde. Le désir d’y être, de voir, d’expérimenter tout en personne. […]  Connaître le monde demande un effort qui absorbe toutes les facultés de l’homme. Les gens comme Erodoto ne sont pas capables de se limiter à un seul événement ou un seul pays. Ils sont toujours en mouvement, ils sont des éponges qui ne peuvent pas retenir quelque chose trop longtemps. Ils sont toujours à la recherche de nouvelles choses à découvrir, connaître, assimiler. … ils doivent se mettre en chemin, avancer, aller au delà. Ces personnes sont si utiles à la société mais aussi malheureux car seules. Bien sûr dans leur recherche continue des autres personnes, ils découvrent souvent des personnes similaires avec qui il tisse des liens et connaît de très près. Puis un nouveau jour se lève et ils se rendent compte que rien ne les empêche de partir puisque finalement rien ne les retient.” Kapuscinski

dav