Histoires de vie

23 octobre

La fin de mon séjour ici se rapproche et je commence à y penser…je programme un peu mon balkan trip, en essayant de comprendre comment rejoindre Belgrade..pas facile de me retrouver dans les sites de train et bus qui souvent sont en grec ou serbe.  Je pense aller passer une nuit à Thessalonique et ensuite prendre le bus de nuit. On verra. Mais ce qui sera dur je pense ce sera vendredi, le moment de dire au revoir à tou-te-s. Lors de la fête d’au revoir de Neils (bénévole anglais) qui a eu lieu la semaine dernière chez nous, j’ai eu l’idée de proposer une fête directement dans le camp. Cela aurait eu plus de sens, pour être avec tout le monde. Et parce que je suis très triste à l’idée de ne plus revoir les résidents, avec qui j’ai partagé tellement de choses et avec qui maintenant je me sens à l’aise et dont je perçois la confiance.

Au début je passais ma pause seule, pour respirer, en lisant un livre ou en en écoutant un (j’ai fini celui sur Erodoto et j’ai commencé l’écoute de l’Odyssée que je conseille vivement !!).

Mais maintenant je ne passe pas une minute seule, où que j’aille je retrouve un visage ami. Un regard, une poignée de main, un sourire, un “salam! Kifek?- how are you today” suffisent des fois comme interaction. Chaque rencontre me donne un quelque chose de fort, me fait ressentir un mix d’émotions inoubliables. Si je croise les gamins que j’ai à la maternelle, ils me sautent dans les bras, ils crient mon prénom (avant c’était un impersonnel “my friend, my friend!) … je joue un peu avec eux, je me présente aux frères et sœurs qui des fois parlent un peu d’anglais ou essayent de dire quelque chose en grec, espagnol ou italien, langues apprises dans les camps des îles où ils étaient avant.  Avec certaines familles une relation de confiance s’est établie. Quand je vais chercher les enfants pour les amener à l’école, ils m’invitent chez eux, m’offrent toute sorte de nourriture (j’ai goûté aujourd’hui un fromage fait maison trop trop bon, “mostu” par les Syriens). Malheureusement je ne peux pas trop m’arrêter car je dois retourner aider Giota avec les enfants qui sont de plus en plus nombreux!

Mais chaque jour avant de laisser le camp j’ai une heure et demi que je passe à me balader, ou dans le café, ou falafel restaurant , ou chez quelqu’un. Et ces moments me laissent une sensation étrange, de rage, de positivité, négativité, joie et tristesse mélangées. Comment on peut accepter que des familles entières vivent dans ces conditions? Tous ensemble, assemblés dans la même chambre, sans intimité pour les parents, sans couloirs privés à traverser pour bouger un peu, sans meubles… cet après midi j’ai été reçue dans une caravane où vivent onze personnes : une famille avec 5 enfants , dont la mère a seulement 24 ans (!!) et la famille de sa soeur avec 2 enfants. Cela est insoutenable me disent-ils. Ensuite je suis allée rendre visite à une autre jeune mère d’un petit de 2 ans qui a un petit frère de 8 mois. Elle et son mari ont laissé la Syrie il y a deux ans et se sont mariés en Turquie. Leur rêve est de pouvoir être libres de voyager, visiter différents pays dans le monde et célébrer le mariage traditionnel dans chacun de ces pays. Son désir plus fort se serait de le faire en Inde. Je suis donc allée la voir pour lui montrer les photos de mon voyage en Rajasthan, je lui ai présenté les différents villes , les traits culturels… elle connaissait déjà beaucoup de choses grâce aux films de Bollywood qu’elle regarde à la télé de sa caravane dans le camp avec les sous titres en Arabe. J’ai passé un bon moment, même si ses deux petits n’ont pas arrêté de pleurer :ils font ça depuis deux jours, elle et son mari n’ont pas pu dormir les deux nuits précédentes. Elle m’explique que les possibilités de recevoir les documents pour aller dans un pays européen ne sont pas si concrètes , et qu’elle est fatiguée d’attendre. Ils ont commencé les démarches pour obtenir des faux passeports pour prendre l’avion, solutions qu’adoptent la majorité d’entre eux. Si la police les découvre ils retourneront dans un camp, ils n’ont pas grand-chose à perdre, seulement l’argent du billet d’avion. Celui du faux document, comme j’ai pu découvrir aussi par autres, n’est pas prélevé s’il ne passe pas. Elle me précise que pour elle c’est la seule solution, surtout après les résultats des élections en Autriche, à Prague, en Allemagne. Elle sait que les Européens deviennent de plus en plus contre les réfugié.e.s et elle a peur de devoir rentrer dans son pays en guerre.

Je réagis en disant “I’m sorry, from all the européan people. It s à shame, I’m really sorry” et je pars triste et énervée contre l’humanité. 

26 octobre

J’ai décidé de repousser à mardi mon départ pour plusieurs raisons: car les activités dans le camps de Oinofyta ne s’arrêtent pas la semaine prochaine comme prévu, donc il y a besoin d’un coup de main supplémentaire, Giota l’insegnante est malade demain aussi et donc c’ est a moi de gérer la maternelle toute seule (pour la troisième fois cette semaine!) et je n’ aurai pas le temps de dire au revoir à toutes les familles pendant mes tours pour chercher les enfants..ensuite car dire au revoir c’est dur et je ne me sens pas prête..mais surtout car j’ai envie de revoir les deux mineurs kurdes iraquians auxquels j’étais vraiment attachée..mais qui ont laissé le camp avec toutes les affaires hier matin. J’ai pensé à eux toute la nuit, je suis arrivée au camp avec la seule idée de contrôler s’ils étaient de retour..mais non. Personne ne les a vu partir, moi seulement. J’étais dans l’école, j’ai regardé à la fenêtre et je les ai aperçu en train de sortir. J’ai fait vite pour les rejoindre, mais ils étaient déjà loin et je n’ai pas insisté. Je me sens coupable, ce sont encore des gamins, ils ne parlent pas anglais et ils n’ont pas d’argent sur eux. Je suis dégoûtée. Hier il pleuvait tellement, je n’ai aucune idée d’où ils peuvent être. Ils ont peut être essayé de rejoindre la frontière?La police va les ramener ici? J’ai envie de les attendre. Mais je sais aussi qu’une sortie du genre peut avoir fait du bien car ils se plaignaient tout le temps de leur condition dans le camp..

J’ai encore passé une heure dans le falafel restaurant aujourd’hui et j’ai pu avoir des très belles conversation avec un kurde de 31 ans qui rêve d’aller au Brésil et travailler ce qui suffit pour nourrir sa famille et qui déteste l’argent car il amène à la guerre. Ensuite j’ai entamé une conversation avec un jeune syrien, qui rêve de continuer l’Université de pharmacie et qui sera relogé en Irlande, bientôt. On a parlé de frontières, des caractères de gens, du problème des gouvernements, de la difficulté à faire comprendre aux parents les clés d’une bonne éducation. Un autre m’a montré des vidéos d’un média kurde avec des scènes d’attaque aux armes à feu chez lui, et des vidéos “drôles” de soldats américains et israéliens qui se faisaient mal à eux même en utilisant flingues ou autres instruments de guerre. Et encore des scènes de guerres pas loin de leurs maisons …. impressionnant. Une réalité très loin de la nôtre…

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