Hotel City Plaza –  Un projet d’urgence politique et sociale

Mardi 26 septembre 2017

« Here we want to give the opportunity to people to find things by themselves. They can find together a solution. We want to be an example to everyone that it is possible”. Nassim

La facade de l’Hotel City Plaza

Pour mieux comprendre la genèse de l’occupation, le projet, ses valeurs, ses difficultés et ses objectifs, Nassim m’a invité à participer à une des réunions d’information dans la cour de l’hôtel qui ont lieu tous les jours à 17h. Cela permet aux nouveaux bénévoles de poser toutes les questions qu’ils souhaitent, mais surtout de regrouper dans un seul moment toutes les informations à donner aux personnes curieuses qui passent par l’hôtel souvent juste pour un selfie, ou une petit coucou.

Au premier étage de l’Hotel City Plaza (les ascensor ne marchent pas et les résidents du 7ème étage ont une longue marche a faire! )

Les couloirs de l’Hôtel City Plaza

Nassim est le réfèrent des bénévoles internationaux et la personne avec qui Anastasia m’avait mis en contact en me parlant du City Plaza et en m’encourageant à aller y passer quelques jours. Il est afghan, il est venu en Grèce en tant que réfugié il y a 20 ans et depuis il est devenu militant, en particulier dans un squat de Exarchia (le quartier anarchiste de la capitale grecque) et il participer au projet de l’occupation depuis le début. On peut lire sur son visage un peu de fatigue, mais quand il parle il a envie de transmettre de la confiance de l’action de l’équipe, et il souligne plusieurs fois : «  Notre projet veut être un exemple de ce que la société civile peut faire avec les bâtiments inutilisés. Mais nous ne voulons absolument pas prendre la place de l’état, qui doit prendre ses responsabilités et mettre en place des solutions concrètes ». L’idée de l’occupation est née pendant les années des révoltes 2013/2014 : des assemblées publiques « des voisins » avaient lieu afin d’échanger sur les problématiques concrètes et quotidiennes de l’espace que plusieures personnes partageaient. Le manque de structure d’accueil était une urgence, pour tout le monde en état de difficulté. Des aides s’organisent: don d’objets, cours de langue, aide scolaire, etc… L’hôtel City Plaza était fermé depuis 7 ans. Propriété d’une riche femme grecque, il a été pris en main par l’Etat grec et fermé suite à une faillite économique. Depuis pas de mouvements. En avril 2016, les forces s’unissent et les chambres des 7 étages de l’Hôtel sont occupées! La sélection des personnes qui peuvent bénéficier d’un lit au Plaza n’est pas simple à faire. Aujourd’hui, les critères principales sont: le respect de la mixité de nationalités, de genre, de personnes qui sont dans le besoin et d’autres qui peuvent mettre à disposition leur compétences (docteurs, enseignants, cuisiniers, etc…). Il y a 12 autres bâtiments occupés dans tout Athènes par des réfugiés, mais City Plaza est le plus médiatisé et organisé car il travaille son image afin d’amener une lutte politique importante auprès des médias, politiques et la communauté internationale. Nassim nous dit qu’il y a 11 millions de bâtiments inhabités dans toute l’Europe. La plupart se trouve dans les mêmes conditions que le City Plaza: dans les mains de l’Etat suite à une faillite d’un privé. Les négociations prennent beaucoup de temps avant qu’une décision soit prise et avant que ces bâtiments puissent être à nouveau utilisés et habités. Les militants du City Plaza sont aujourd’hui déterminés à amener une campagne pour résoudre ce type de problématique, afin de trouver des solutions pour donner un toit à tout le monde ! Pour dénoncer et trouver une solution à un des nombreux paradoxes de la société actuelle.

Les ados dans le bar de l’Hôtel City Plaza

City Plaza ne reçoit pas de financements publics, mais survit grâce aux dons en argent et des convois de matériel qui partent de partout en Europe avec des vêtements, nourritures, objets … que chaque jour un volontaire doit ranger dans les dépôts, numéroter, etc… Ils disent qu’il y a plus de choses que nécessaire, mais cela montre l’appui solidaire, et ça fait chaud au cœur. Il faut par contre, par fois, bien expliquer aux résidents que ce n’est pas parce qu’il y a beaucoup de vêtements, qu’on peut jeter ce qu’on utilise à la place de les nettoyer, précise une des volontaires plus active, Maria, d’Espagne.

Les résidents partagent tout en commençant par les repas. La grande cuisine de l’Hôtel permet à l’équipe déterminée par les différents créneaux (toujours mixte entre résidents réfugiés, résidents volontaires et autres personnes externes) de préparer des plats de toutes origines et styles. Entre 14 et 15h et entre 20h30 et 21h30 chacun.e se présente aux portes de la cuisine avec la feuille jaune marquant le numéro de la chambre et le nombre de personnes qui ont besoin d’un repas. Sans celui-ci, les bénévoles n’ont pas le droit de donner le plat, car c’est important de respecter le cadre mis en place, et éviter les abus ou le gaspillage (ça a été assez difficile de me soumettre à cette règle quand j’ai été en charge seule de la distribution!!). Les produits de nettoyage pour les espaces communs, privés et pour le corps sont également partagés et mises à dispositions pour tout le monde. Cela a un coût estimé de 1 euro par jour, qui est nettement inférieur à celui estimé par les ONG dans les camps de réfugiés en Grèce qui est de 5,30 euros (information reçue par Nassim). Le fait de le préciser veut être un clin d’oeil de prévention contre la corruption ou le surplus que les aides humanitaires peuvent générer.

Dans la cuisine l’équipe des bénévoles prépare le repas pour 400 personnes!

L’Hôtel n’a pas d’opposants: il est bien toléré par la municipalité, qui l’interprète comme une solution économique et confortable à la présence de Homeless dans les rues de la capitale. Depuis peu, la propriétaire exerce une légère pression pour se réapproprier le bâtiment, mais pour l’instant elle n’a pas encore la légitimité de réappropriation de n’importe quelle activité à l’intérieur. Les voisins ne mettent pas de bâtons dans les rues, bien que la présence de fascistes dans le quartier puisse mettre un peu la pression aux résidents, de temps en temps. Bien sûr, il y a beaucoup de règles de vie qui doivent être posées, comme dans chaque communauté ou groupe social. Cela a été construit avec le temps, et de façon la plus collective possible.

Un résident afghan, moi et un autre bénévole portugais à l’accueil de la cuisine, prêts pour donner les repas !

Comme déjà mentionné, l’Hôtel City Plaza n’est pas donc seulement un lieu d’hébergement mais surtout un lieu politique de dénonciations, de rencontres, d’informations. Ici, on donne la possibilité à tou-te-s d’être un « habitant » c’est-à-dire d’aménager son espace – l’une des chambres de l’hôtel – en fonction de ses propres besoins et de ses propres usages et on favorise la possibilité, pour chacun-e, de se comporter comme un habitant de l’espace partagé. Chaque résident (ou un référent par famille) s’engage au moment de son entrée à dédier au moins 7 heures de son temps par semaine aux tâches de vie courante de l’Hôtel. Si cela n’est pas respecté, ou trop souvent oublié il-elle peut être expulsé, comme aussi dans le cas de violence et de discrimination.

Je peux admettre que ce projet fonctionne avec une force unique et incroyable, avec ses forces et ses limites. Et je ne le dis pas seulement par ce que j’ai pu entendre et voir, mais car j’ai pu le tester et l’incarner: je me sens chez moi quand je rentre et que je fais les escalier, quand j’arrive à dire bonjour à la plupart des personnes que je ne connais pas mais que j’ai peut être déjà croisé et qui sont habitués à de nouveaux visages, solidaires et avec leur cause et pas seulement là pour aider mais pour co-construire ensemble une solution. Je peux me porter bénévole quand je le souhaite et pour faire ce dont j’ai envie. Les gens me font confiance et je ne ressens absolument pas de hiérarchie. Les bénévoles sont nombreux et très différents, ils se font confiance les un.s les autres, on communique par un groupe whatsapp sur chaque urgence ou changement de plans et peu importe qui tu es, pourquoi tu es la, pour combien de temps: si tu y es, tu fais partie de l’equipe! Et si on veut se connaître un peu plus, il y a même la possibilité de se voir en dehors des murs du City Plaza et boire des coups dans la rue Tsamadou, en Exarchia, autogéré par les volontaires de l’hôtel, celui-là aussi!!

Encore une fois donc, comme Latitudes le défend,  si l’on donne la possibilité à chacun-e d’être acteur de son propre destin et que l’on y réfléchit ensemble, tout prend plus de sens et on va plus loin!

A l’intérieur du bar autogéré par les bénévoles du City Plaza

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