Ritsona, le camp des demandeur d’asile qui attendent

2 octobre 2017 -Chalkida

A une heure de train d’Athènes, j’arrive ce dimanche après midi à Chalkida, ville balnéaire qui est reliée par un pont à la deuxième plus grande île de Grèce: Elvia.

Philips et Hugo viennent me chercher à la gare et me ramènent à la Dream House! Une grande villa à une centaine de mètres de la mer, louée par les bénévoles de l’ONG suédoise, I am you, pour laquelle je vais faire du bénévolat. La famille qui y vivait a du partir pour un moment à cause de difficultés économiques. Je partage ma chambre avec Katie, une institutrice anglaise de 31 ans, qui a prévu de rester 3 mois pour donner des cours d’anglais au camp.

Mes nouveaux colocs sont : Hugo, espagnol, Katie, Polly – jeune anglaise étudiante de psychologie à Rotterdam avec son copain italien Lorenzo. Lorenzo qui est en train d’écrire son mémoire, dans le sous-sol, sur le changement climatique et les interactions avec la psyché humaine. Neil, un homme âgé de 67 ans, bénévole comme enseignant d’anglais à la retraite a déjà eu une expérience de volontariat dans le camp de réfugiés de Dunkerque en France. Et Philip, polonais résidant en Suède, étudiant en Master de migrations internationales en stage chez I am you comme coordinateur des bénévoles. Comme vous savez, je suis ici pour faire des activités de volontariat avec des personnes migrantes, pour le moment accueillies dans un camp de réfugiés (ou pour mieux dire “camp de demandeurs d’asile, car le terme “refugie” designe qui possede deja le statut). Celui-ci s’appelle Ritsona et il se trouve à 25 minutes de notre maison. On s’y rend en voiture avec une partie des colocs tandis que l’autre partie et les volontaires qui résident dans la “Beach House” (car elle donne directement sur la plage)  rejoignent un autre camp, Oinofyta, un peu plus loin. L’association I am you agit dans les deux camps depuis un an et demi. En ce qui concerne son historique, ses objectifs et ses caractéristiques vous pouvez trouver tous les détails sur leur page internet :www.iamyou.se. Pour résumer : un chanteur de rap suédois Damian Ardestani et Rebecca Reshdouni, tous les deux  réfugiés depuis une vingtaine d’années, ont créé l’association suite à leur voyage sur l’île de Lesvos en 2015. Ils ont pu être témoins d’une véritable crise humanitaire, pendant laquelle plus d’un million de personnes ont risqué leur vie pour rejoindre les côtes grecques, et 3735 ont été portées disparues. Ils ont donc commencé à recueillir de l’argent pour créer des structures d’aide d’abord sur l’Île de Lesvos. Ils ont dû déménager sur le camp de Ritsona et Oinofyta, à la suite des accords entre Grèce et Turquie de mars 2017 stipulant que le camps de Lesvos est devenu un camps d’urgence interdit aux ONG internationales.

Un container avec le materiel pedagogique

I am you est une ONG qui se focalise sur la relation de l’homme avec l’homme , avec le but de protéger les droits individuels pendant les crises humanitaires. Leur philosophie: “changer le monde, un individu à la fois”. Dans l’équipe des salariés il y a Katina (moitié grecque et moitié anglaise), – directrice, Giulia (italienne)- la coordinatrice des activités d’éducation, Emma (suedoise)- responsable des volontaires et de la logistique du camp, George (grec)- responsable des finances, Eleni (grecque) responsable des besoins hospitaliers, Virginie (française)- responsable de l’espace jeune dans le camps de Oinofyta. Ils sont accompagnés au quotidien par une solide équipe de bénévoles, qui rejoignent leur mission en prenant en charge les transports, le logement et la nourriture, à des prix minimes mais existants.

Gaffiti a l’entree du camp de Ritsona

De novembre 2016 à mai 2017 les résidents de Ritsona étaient logés dans des tentes avec des repas offerts et cuisinés par l’armée grecque. Ensuite, un homme riche d’Arabie Saoudite a acheté et donné au camps des préfabriqués, appelés “iso boxes”. Ils sont équipés de cuisine individuelle, d’une chambre avec des lits, d’une toilette et d’une salle de bains. Une des salariés de I am you m’a raconté qu’une fois les iso boxes installées, les résidents continuaient à vivre dans les tentes, mais quand ils ont su que le donateur Saoudien venait rendre visite au camps pour voir la situation, ils ont tous déménagé super vite ! Elle m’a dit qu’elle n’avait jamais vu les choses se faire avec une telle rapidité ! Tout le monde collaborait et les travaux ont été super efficaces. C’est peut-être pour cela que la disposition des “maisons” n’a pas été trop réfléchie : elles sont aujourd’hui en files, comme des habitations à l’anglaise avec des petites rues , et non pas en carré avec des espaces communs au milieu, qui faciliterait la création d’une communauté. Cela est sujet à certaines critiques parmi les volontaires et les résidents. Quand j’ai fait ma demande pour venir ici j’étais intéressée par les cours d’anglais aux adultes et les activités avec les jeunes entre 15 et 25 ans.

La classe des cours d’anglais

Cela n’a pas été possible, donc je me retrouve à m’occuper du “pre-school”, avec les enfants entre 2 et 5 ans. Ils sont répartis dans des classes par âge: de 10h à 12h avec les 4 et 5 ans, de 12h à 13h avec les 3 ans et de 14h à 15h avec les 2 ans. Je vais dédier un chapitre entier à l’éducation dans le camps, car cela est un sujet sur lequel j’aurai beaucoup de choses à dire, qui sont, en plus, très en lien avec les activités de Latitudes. Mon expérience professionnelle me porte à avoir un regard assez profond et parfois critique, donc je préfère ne pas m’étaler.

La sortie de classe

L’ISOBOX de la Creche du camp

Je précise que le but de notre activité n’est pas seulement d’entretenir les enfants et libérer les parents mais principalement de transmettre des règles de comportements pour “bien vivre ensemble” et les préparer à la vie dans un pays occidental.Le choix de la maîtresse Giota est donc de les préparer à ce système sinon ils seraient complètement “en dehors des normes”.Lors de ma première journée j’ai pu aussi découvrir les autres activités des bénévoles de I am you : les cours d’anglais. L’association essaie de proposer des cours de langue pour les différents niveaux mais avec un peu de difficultés à trouver des gens intéressés. En effet, ils ne voient pas trop d’intérêt à apprendre une langue s’ils ne savent pas encore dans quel pays ils vont aller. Dans le cours il y avait un avocat syrien de 40 ans, père de trois enfants. Il est très cultivé et curieux. Il gère la bibliothèque du camps, ouverte trois après midi par semaine, où les résidents peuvent emprunter des livres en arabe et en anglais ! Je découvre en fin de journée que parmi mes missions, j’ai aussi celle de développer l’heure de conversation en anglais prévue de 15h à 16h. J’ai pour programme d’adapter les outils que nous avons créés à Latitudes pour les primo arrivants, afin de rendre les interventions plus ludiques et afin de pouvoir échanger sur la culture occidentale en général, la démocratie, la citoyenneté, les religions et les rapports interculturels. J’espère réussir!

Les gens disent que le camp de Ritsona est aujourd’hui un des meilleurs, en terme de condition de vie, d’organisation et d’actions des ONG. Il y a en beaucoup en effet :

A commencer par IOM , principale organisation intergouvernementale en matière de migrations dans le monde, avec 166 états membres et présente dans plus de 100 pays. Dans le camps, elle gère les besoins des résidents, les arrivées, les départs, l’accueil et l’organisation.“La Croix Rouge”, quant à elle, s’occupe des aspects liés à la santé et gère aussi la “safe zone”: des iso boxes accueillants une vingtaine de mineurs non accompagnés.“Light house”, elle, est une ONG norvégienne qui est en charge du planning des activités du “youth space”, avec les enfants entre 6 et 15 et 18 ans,  ainsi que du “women space”.Cafe Rits” s’occupe de la vente de nourriture de première nécessité et de l’organisation des fêtes dans le camps. Il y a deux mois il y a eu un mariage!! Les deux filles de “Foolish” proposent des ateliers d’art thérapie pour tous âges et sexes avec des cours mixtes et non mixtes. Et enfin, “Cross-Cultural Solutions” gère l’espace laverie et la distribution gratuite de bouteille d’eau et de lait.

L’espace jeunes

 

 

 

 

 

 

Ce qui m’a surpris à mon arrivée dans le camp a été la non-interaction entre les différents espaces et  les personnes de chaque ONG. Cela est surement dû au fait que les personnes changent souvent. Je n’ai pas reçu d’accueil chaleureux et parfois des présentations auprès des personnes n’ont pas été faites. J’ai bien compris que je dois donc agir par moi-même pour entrer en contact avec les différentes réalités ! Lors de ma première journée à Ritsona j’ai pu observer une scène qui, apparemment, est très rare, mais qui m’a permis de voir des éléments importants du fonctionnement d’un camp et de la politique des réfugiés en Grèce :  une évacuation des ONG du camps!  Cela a été demandée par UNHCR car au moment de la distribution du “cash money” aux résidents il y a eu des réactions assez violentes de la part de certains qui n’ont pas jugé juste la répartition. Certains d’entre eux ont commencé à jeter des pierres vers des membres de l’UNHCR qui ont suggéré à toutes les ONG et leurs membres de quitter le camps pour éviter des révoltes. Je suis restée incrédule mais ignorante de ce qui se passait. J’ai suivi les ordres. J’ai découvert dans la soirée que la Grèce, suite aux accords avec la Turquie,  est aujourd’hui une sorte de “laboratoire” d’un système européen qui permet aux personnes demandant l’asile d’avoir une carte de crédit qui est rechargé tous les mois de 90 euros par personne ou plus si les repas ne sont pas garantis. Pour avoir plus d’infos sur ce système voici le lien d’un article : ICI . Encore une fois, une preuve de comment cette crise de réfugiés est provoquée par notre société libérale, capitaliste et centrée sur elle-même. Et comment elle-même en reçoit les bénéfices.

Moi et Polly dans le cafe du camp

 

Une réflexion au sujet de « Ritsona, le camp des demandeur d’asile qui attendent »

  1. Bonjour Gulia je suis tellement fière de toi et de ce que tu fais pour ton prochain. Ton article permet à l’ignorante que je suis de mieux comprendre la misère humaine la souffrance et l’ignorance de nous tous qui faisons semblant de croire que tous ça ne nous concerne pas. Je vous embrasse tous et vous dit merci merci d’être aussi généreux et de me permettre de croire qu’un jour peut-être non lointain nous serons tous capable de vivre ensemble . A bientôt de te voir bisous . Lydie.

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