L’organisation interne d’un projet multi culturel et autogéré  

Mardi 26 septembre 2017

Le vent s’est levé à Athènes, et la température commence à diminuer toujours en restant dans les moyennes estivales. Le souvenir de l’écharpe et des chaussures fermées sorties en Italie il y a une semaine, est loin! L’Hôtel City Plaza se trouve à seulement 10 minutes de métro de la maison où je suis accueillie, super!

Après une matinée passée à me renseigner un peu plus sur le projet et sur la réalité des autres squats à Athènes, je change de contexte et je rejoins le “Solidarian meeting” dans la cour extérieure de l’Hôtel. 25 jeunes de différents pays font la même chose:  Allemagne, Espagne, France, Angleterre, Canada, Italie, Suède, Portugal, Grèce, Roumanie. Il s’agit de la réunion hebdomadaire des bénévoles, ceux qui vivent dans l’Hôtel ou les nouveaux. Elle dure une heure et demie et est assez structurée, ce qui n’est pas facile avec un niveau de connaissances et d’implication des personnes présentes si différent. Il y a un facilitateur qui annonce l’ordre du jour et donne la parole aux référents de chaque thématique: sécurité, cuisine, espace des enfants et stockage. Chacun prend le temps de partager les nouvelles de la semaine et de donner les informations les plus importantes pour l’organisation. L’anglais est la langue de communication et c’est d’ailleurs également la langue principale enseignée aux réfugiés en Grèce (cela me questionne en ce qui concerne le jeu politique qui peut être derrière, mais je reprendrai cette question plus tard!).Ils nous informent aussi des outils de partage à disposition des bénévoles: les fichiers dans le Google drive (comme par exemple le règlement sur comment se comporter avec les enfants) et les documents imprimés et affichés un peu partout dans le bâtiment.

L’entrée du bâtiment

L’organisation des bénévoles et des résidents se fait à l’aide de “time shift” (créneaux horaires): le “kitchen shift” que j’ai décrit dans le chapitre précédent; le “bar shift”, un espace que seuls les adultes peuvent partager au premier étage, où ils peuvent siroter un café ou un cappuccino freddo en jouant aux échecs, en jouant de la musique ou en papotant; le “cleaning shift“ sur chaque étage et dans les espaces communs, la “reception shift” réservée aux bénévoles plus anciens qui peuvent assurer les informations fondamentales à donner; le “balcony shift” pour contrôler le mouvement de la rue et l’éventuelle arrivée de la police, et le “security shift”. Cette dernière mission a des horaires en continu. Il y a 24h sur 24 des bénévoles à l’entrée pour surveiller l’arrivée de nouvelles personnes, qui peuvent être des curieux, comme des fascistes, migrants qui cherchent des informations ou encore un logement. Apparemment, il faut être très vigilant quand on est à la sécurité, car ce n’est pas simple de se retrouver à communiquer à une famille qui souvent n’a pas d’endroit où vivre, que le lieu est plein et qu’on ne peut pas les aider pour l’instant…. On discute pendant la rencontre de la possibilité d’imprimer des explications dans les différentes langues à donner aux passants, mais la proposition est refusée car cela est retenu par la plupart comme une méthode froide et impersonnelle, contraire à l’esprit du City Plaza. Le fait de pouvoir écrire son propre nom dans les tableaux des créneaux est un instrument simple et encourageant pour les nouveaux bénévoles: les tâches sont concrètes, précises et représentent toutes des bonnes possibilités pour mieux connaître les résidents, les autres bénévoles et le fonctionnement du projet. Je peux en témoigner car hier je me suis retrouvée à remplir dans l’urgence le vide du “bar shift”.

Une fois le  “kitchen shift” est terminée, l’équipe des bénévoles mange son repas!

J’étais dans le bar et je lisais un livre quand je me suis aperçue de l’absence de bénévole derrière le comptoir à cause du chaos causé par les enfants qui normalement n’ont pas le droit d’y entrer. Je me suis notée présente à la réception et ils m’ont donné les clés de la caisse: “si tu as envie, ce serait super”! Et c’est ainsi que j’ai passé trois heures, en compagnie d’Infan, qui m’a assisté et montré aussi toutes les photos prises avec son appareil photo depuis son arrivée au City Plaza, il y a un an. Jeune pakistanais encore en attente du statut de réfugié en Grèce, il est motivé par le projet mais fatigué d’attendre sans avoir le droit de travailler. Pour lui, avoir un travail signifie avoir la possibilité d’être autonome et libre … il préfère donc essayer de rejoindre un autre état européen de manière illégale.

Pas simple de lui démontrer le contraire, jusqu’au moment que l’argent domine autant la société actuelle… Au bar, j’ai pu vivre une belle expérience de “empowerment” improvisé, qui m’a permis de me sentir rapidement membre de l’équipe.

Vendredi 29 octobre

Si officiellement  l’Hôtel City Plaza est autogéré, en grand partie par des groupes anarchistes, cela ne l’empêche pas d’avoir de nombreuses règles qui facilitent la vie commune et l’implication de nouvelles forces. Par exemple, il existe une politique assez claire sur l’expulsion en cas de violence. Il y a eu l’exemple d’un mari accusé de violence conjugale qui a dû quitter l’Hôtel seul. Ensuite, il est revenu chercher sa femme, mais avec beaucoup de méfiance de la part des autres résidents et bénévoles. Dans un projet de vie communautaire, y a-t-il le droit d’interférer dans les relations privées des résidents? Où est la limite? Comment la thématique du genre peut-elle être traitée dans des contextes interculturels comme celui-ci? Le travail du “Women space” dans l’Hôtel est il suffisant ou devrait-il être accompagné par un travail avec les hommes en parallèle aussi?

Autant d’exemples des diverses questions qui me traversent l’esprit et qui sont très présentes dans les réflexions des gens qui traversent les couloirs de l’Hôtel. Certaines d’entre elles ont été au centre des échanges pendant l’Assemblée générale qui a eu lieu hier dans la salle à manger. 

La préparation des tables pendant l’Assemble générale

Il s’agit d’une réunion qui a lieu toutes les deux semaines et à laquelle tous les résidents et bénévoles sont invités à participer. Répartis par table et par langue (farsi, arabe et anglais) avec un porte-parole et interprète, une cinquantaine de résidents ont échangé sur des sujets de la vie commune, en essayant d’identifier les problèmes et de trouver une solution de manière collective (un super exemple d’éduc pop!). L’objectif principal est de faire “comprendre” à tous l’importance de la responsabilité partagée, concernant le nettoyage, les repas, la vie en général : “It’s not because it’s called Hotel City Plaza that it is really an hôtel” précise Giovanni, bénévole italien. Dans le fil du débat, un problème est présenté à l’assemblée par des femmes afghanes: pourquoi la queue pour la nourriture a maintenant une seule file mixte et non plus hommes et femmes séparés? Cela me surprend car j’avais eu une conversation avec une des bénévoles du “Women space” qui m’expliquait l’absurdité pour elle de l’habitude de ces deux files. Mais, en laissant les femmes s’exprimer, on découvre que pour elles, c’est une façon de se sentir plus à l’aise, et elles demandent donc de le rétablir. 

Cet après midi, j’ai fait le “security shift” tout l’après midi, soit de 12h à 18h avec un militant grec de 60 ans hébergé dans l’Hôtel et impliqué dans le projet depuis le début: une autre expérience très intéressante et riche d’observations et échanges. Je dis au revoir à l’Hôtel pour partir en direction de Chalkida demain, à une heure de train d’ici. Je sens que je serai bientôt de retour au City Plaza, les prochains week-ends ou avant de repartir!

Photos de moments collectifs affiches dans la cuisine

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