The SAFE ZONE des mineurs non accompagnés

Vendredi 13 octobre

Le matin la maison se réveille toujours très tôt..ce qui me donne le temps d’aller me balader, lire, ou regarder le soleil se lever. Ce matin on a dû s’arrêter au supermarché pour acheter des pâtes italiennes (Barilla) et du parmesan : je me suis proposée de les cuisiner avec Aris, le chef de la Croix Rouge en charge des repas de la “safe zone”. Dans 10 caravanes, celles des ONG et celles des autres résidents, logent 15 mineurs non accompagnés d’origines confondues (Egypte, Irak, Syrie, Turquie, Kurdistan), que des garçons entre 13 et 17 ans.  Passant tous les jours par là, les récits d’ Aris sur les difficultés relationnelles que rencontrent les travailleurs sociaux avec eux, les récits horribles de ce qu’ont vécus ces adolescents, le manque d’activités proposées aux mineurs, les conflits …tout cela m’a  poussé à chercher un moyen pour rentrer en contact avec eux.

  

Quand je les ai vu prendre avec dégoût les pâtes toutes ramollies de la cuisine, sans dire un mot de remerciements et sans avoir aidé à cuisiner…j’ai proposé un atelier  “vera pasta italiana” 🙂  Deux jeunes kurdes- irakiens nouvellement arrivés du camp de l’ile de Moria , avec un timide anglais se rapprochent et m’aident à mélanger la sauce. C’est déjà un premier objectif atteint. Ils ne mangent pas tous ensemble, mais ils emportent leur assiette à la fenêtre de la cuisine et mangent chacun de leur côté, souvent tard quand ils se réveillent l’après-midi .

Dans cette “Safe Zone” Aris m’explique que le plus grand problème du moment sont des pilules très bizarres que les jeunes achètent à Athènes, pas chères (10 cent l’une) et qui défoncent en faisant beaucoup dormir. La drogue est un thème assez compliqué à gérer pour tous les mineurs non accompagnés en Grèce et leurs assistants sociaux . Il y en a un qui est devenu très bizarre depuis quelques jours… 

J’essaie de comprendre à quel point ce doit être difficile pour eux d’être dans cette situation d’attente et d’isolement…et de l’autre côté, comment empêcher cette consommation sans passer par le système pénal auquel on est habitué dans notre société… Les résidents sont gérés par une réglementation spéciales due à leur statut “d’attente” et la police rentre rarement dans le camp. Cela pourrait être un terrain d’expérimentation pour tenter d’autres pratiques que le méthodes habituelles !

Leur vie d’ado est aussi bien loin de notre normalité. Par exemple, ils ne peuvent même pas draguer les filles du camp, car soit elles sont mariées soit ce serait un danger de se faire voir de la famille ! La ville est éloignée, ils sortent rarement du camp… de temps en temps il y en a un qui part à l’aventure, puis il revient. Un entre eux par exemple m’a raconté qu’il avait  essayé de traverser les Balkans: il a marché jusqu’à la frontière avec la Serbie (où il a été arrêté) avec un ami à lui. Ils avaient tellement faim que pendant la marche ils ont tué un sanglier pour le manger… ils avaient 16 ans.

Samedi 14 octobre

Hier soir nous avons eu une réunion de toute l’équipe (une quinzaine de personnes entre  salariés et bénévoles) dans un bar de Chalkida. À l’ordre du jour: le développement de l’ONG – Quelles directions? Quelles personnes sont potentiellement intéressées pour participer à la construction des stratégies? Une occasion donc d’alimenter l’esprit d’équipe, l’implication et chacun.e … mais surtout soulager la directrice qui sent porter trop de choses sur son dos. Tout cela accompagné par un coucher de soleil magnifique sur la mer juste à côté de notre table. Cela m’est apparu tellement similaire à certaines réunions de Latitudes, mais par contre dans un style un peu plus frontal et peu participatif. J’espère réussir à partager des outils, mais je dois encore comprendre jusqu’à quel point j’ai envie de m’investir. Le temps de cette réunion m’a permis d’éclaircir certaines réflexions que j’avais entamées dans ma tête sur le fonctionnement interne de la structure, une sorte de déformation professionnelle suite au travail de développement de Latitudes et de son projet associatif mené dans les deux dernières années à Avignon. Cette fois, en me trouvant du côté bénévole, j’ai pu remarquer l’importance de la transparence du fonctionnement de la structure et des rôles de chacun.e : cela facilite l’indépendance du bénévole et clarifie ses champs d’actions et son degré de responsabilité (pour qui est intéressé à découvrir les outils mis en place par Latitudes je vous invite à jeter un coup d’oeil à la partie “gouvernance” de notre projet associatif : EN CLIQUANT ICI

J’ai également ressenti le besoin d’une évaluation “intermédiaire”, ou simplement un moment formel ou un “tout va bien?” de la part de l’équipe afin d’éviter les malentendus ou les frustrations. Ensuite au niveau de la relation avec les résidents, j’ai pu remarquer que la plupart des volontaires ne rentrent pas en contact avec eux au delà des pratiques réservées à leurs tâches. Cela est dû au manque de temps, au problème de la langue mais aussi je pense à la difficulté pour tenter le premier échange, “le premier pas” .

Établir un échange interculturel n’est pas évident pour tout le monde, surtout quand on connaît peu l’autre et qu’on se retrouve dans un terrain aussi incertain qu’un camp de réfugiés, où par exemple des ONG comme I AM YOU ont demandent à leur membres de ne pas avoir de conversations sur la géopolitique avec les résidents, afin d’éviter des embrouilles difficiles à gérer. Pour faciliter ça, chacun.e pourrait avoir une mission précise à accomplir, comme la réalisation d’un portrait de famille ou comprendre leurs habitudes alimentaires, vestimentaires, etc…. Une autre réflexion partagée a été celle d’impliquer les parents dans l’éducation de leurs enfants : organiser une réunion avec tous les parents de la maternelle afin de leur expliquer ce qu’on fait, pourquoi, afin qu’ils puissent y trouver un intérêt et envoyer eux même les enfants à  l’école sans que le bénévoles aient besoin d’aller les chercher ! Proposition à suivre …

A la fin de la réunion Katina nous a également expliqué que l’ONG se retrouve dans une situation économique un peu difficile car au debut quand les médias étaient concentrés sur la question des réfugiés en Grèce il y avait beaucoup de gens qui donnaient , mais aujourd’hui un peu moins. Bonne nouvelle: hier un américain a donné 50.000 dollars car il voulait aider les réfugiés ( plus de la moitié du budget annuel de Latitudes !!) . Élément qui va alimenter ma réflexion autour le monde des ONG, du travail d’urgence – médiatisé en comparaison avec celui de sensibilisation à long terme.

 

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