Un quotidien sans habitudes

Mercredi 11 octobre:

Ce matin j’ai réussi à m’échapper de mes obligations avec les enfants pour assister George,le chercheur syrien qui analyse à Ritsona les conditions éducatives dans le camp pour comprendre quel impact ont les technologies dans la vie des enfants. Je l’ai accompagné faire un entretien avec une salarié de l’ONG norvégienne “Light House” qui travail avec les jeunes depuis un an. Ça a été intéressant de connaître sa démarche et aussi d’écouter les réponses de Anna,  qui a une bonne expérience et une vision critique et objective de la gestion éducative dans un camp de réfugiés. Ensuite j’ai passé ma pause à l’espace  café du camp, qui était rempli uniquement d’hommes regardant un match de foot (chacun sur son portable car l’ordi bougeait un peu): Syrie – Australia. Le reste du camp était animé exclusivement  par des femmes pendant deux heures! Dont une qui était en train de couper des morceaux de viandes avec ses mains, avec une nuage de mouches qui survolait à ses côtés !

 

 

 

 

 

         Une femme en train de cuisiner dans sa cuisine

 

Quand j’ai le temps de me balader librement  dans le camp, je me rend compte de comment il s’agit d’un véritable village :  

   sa rue principale avec le café, deux resto de falafel, le vendeur de cigarettes et tabac, le petit magasin de chips et de snacks, le terrain de foot, l’espace gym, les jeux pour enfants, la zone zen avec des bancs sous les arbres, le magasin de vêtement, la bibliothèque, l’école.

 

  Il s’agit d’un espace intéressant à étudier, car on peut y retrouver un mélange d’origines et d’âges, mais aussi de classes sociales. Davantage que dans les quartiers d’une ville comme Avignon par exemple. En appuyant la théorie de Bourdieu, le facteur plus décisif dans la reproduction de l’appartenance à une classe sociale est l’accès à l’éducation. Et dans ce camp je peux observer une vaste multitude de niveaux, en particulier entre les familles de mes élèves: certains ont des parents diplômés  de la fac,et d’autres ne savent pas lire ou écrire par exemple. Les résidents sont de pays différents et parfois même appartiennent à des parties opposées, par exemple des Kurdes de Syrie ou d’Irak  qui luttent contre l’armée arabe, dont peut être quelques représentants se trouvent dans le camp. Ou vice-versa, il peut y avoir des syriens qui n’avaient auparavant  jamais rencontré de Kurdes et qui se retrouvent ici, loin de leur pays, à partager les bancs d’école, jouets et règles de vie (imposés par des ONG scandinaves). Pour voir la carte des territoires kurdes, cliquer ICI

Même s’il y a parfois des tensions, il règne tout de même un esprit de communauté beaucoup plus fort que dans les lieux où j’ai vécu: les enfants entrent et sortent aisément de différentes caravanes, sont gardés par différentes mamans, jouent toute la journée avec d’autres enfants de tous âges. Je pense à la difficulté que peuvent avoir les résidents à vivre si proches les uns des autres, de jour comme de nuit: il y a toujours des bruits (de pas notamment), des enfants qui pleurent, des gens qui crient, de la musique… Pour moi cela est déjà très difficile dans une maison avec 5 colocs que je ne connais pas énormément! Moment personnel ouverture: je trouve de plus en plus difficile de loger dans la dream house car mes colocs crient et ne font pas trop attention aux uns  et aux autres, et la sonorisation des chambres est horrible! Mais je me répète que je suis ici pour créer et vivre les dynamiques du camp, et la socialisation avec l’équipe n’est pas la priorité.

La vue de la “Beach House”   

 Je suis toutefois en train de tisser de bons liens avec certain.e.s de l’équipe et ça m’arrive d’avoir des échanges intéressants. Comme hier soir où je me suis invitée à la beach house, pour connaître un peu plus les autres bénévoles et changer d’ambiance. Une d’entre elles, d’origine algérienne mais résidente en France, m’a raconté sa difficulté en France à trouver un travail en ayant le voile. C’était la première fois que quelqu’une me racontait si bien le fait qu’on peut se sentir avec deux personnalités différentes quand on nous obligent à changer une habitude (dans ce cas-ci enlever le hijab dans le lieu de travail). Cela est un compromis auquel il faut s’y tenir, un peu comme celui que j’ai accepté ne pas mettre de shorts ou de jupe dans le camp de réfugiés même s’il la température monte à 35 degrés. Cet échange me porte à me poser des questions sur la liberté individuelle. Dans quelle mesure il faut accepter qu’elle soit soumise par des règles sociales? 

Comment tout ça peut affecter la vie de chacun.e?

    Moi et le falafel man dans le Falafel Restaurant du camp! 

Jeudi 12 octobre

Même si mes journées sont rythmées par les cours, il y a toujours quelque chose d’intéressant et de nouveau qui m’est proposée. Cet après midi par exemple j’ai accompagné Giota à chercher des nouve-aux-elles élèves: en toquant de porte à porte, nous sommes allés à la rencontre de familles et avons donné les infos sur les horaires et les tranches d’âges  d’enfants pouvant joindre le preschool . Une mission assez longue et particulière pour deux personnes ne parlant ni l’arabe ni le kurde. Mais une trentaine de nouvelles familles ont rejoint le camp, et OIM tardant à nous donner les informations demandées, il fallait agir, d’une façon ou d’une autre. Cela a été pour moi une possibilité de rentrer dans l’intimité de certaines familles, d’observer de plus près la façon propre à chacun d’organiser l’espace interne et externe de sa caravane.

Une caravane personnalisée!

 

 

 

 

 

 

L’exterieur de la caravane d’une de mes eleves!

Le potager en face d’une caravane

La frontière de la langue est très handicapante: j’adorais pouvoir comprendre ce que les résidents disent, quand ils parlent entre eux, quand ils essaient de communiquer avec moi. Pour Asma, bénévole tunisienne de “i am you” , interprète arabe-anglais dans le programme d’aide aux soins des résidents, cela est possible. Quand je l’ai raccompagnée à la maison, elle m’a racontée l’échange qu’elle a eu  pendant deux heures avec une femme kurde syrienne seule dans le camp: elle a tenté de se rendre en avion en Allemagne avec un faux passeport. Pour son mari et son fils,cela a fonctionné, mais pour elle non. Elle se retrouve donc à attendre, tandis que son mari est dans la même ville mais pas dans le même logement que leur fils ( car déjà majeur et ils ont simplement décidé de le mettre là). Elle lui a dit qu’elle regrette d’être partie, d’avoir vendu la maison et avoir renoncé à tout. Il me faut maintenant un long bain chaud pour soulager mon âme et éloigner la tristesse qui rend mon coeur un peu trop lourd.

 Je peux vous laisser  quelques références de sites intéressants, qui donnent de bonnes info sur la situation des réfugiés dans  les pays d’accueil, avec également les comptes rendus des coordination meetings des ong: www.refugee.info. Pour ce concerne des données précis des flux des migrations en Grèce, Italie, Espagne et Bulgarie: https://data2.unhcr.org/en/documents/download/58880

Lors du premier semestre 2017 il y a une énorme différence: italie 83 000 tandis qu’en Grèce “seulement” 9000,  mais en 2016: en Italie pour le semestre janvier – juin  : 78 000 tandis qu’en Grèce 158 000 (http://data2.unhcr.org/en/situations/mediterranean/location/5179 ).

Voici également un article sur les évolutions du programme de relocation dont on entend si peu parler dans les médias, car il ne fait que réduire les places promis et les pays considérés “en situation de guerre et danger”, en permettant la déportation des migrants dans  leur pays d’origine, même s’il y a des bombes qui explosent au quotidien, comme l’Afghanistan https://data2.unhcr.org/en/documents/details/60076

Un dernier lien, en italien :https://data2.unhcr.org/en/documents/details/60337

La partie sud du camp

  Certains residents ont transfo,e le terrain devant leur caravane et ils en prennent soin . Des enfants des fois entrent pour y jouer, ils observent les legumes quoi pussent et me disent leur noms en arabe ou kurde

 

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